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Boulangerie d’insertion

Le goût des autres donne bon goût au pain

Emmanuel Gaultier/Pixel Image

À la base, rien ne prédestinait Domitille Flichy à être chef d’entreprise et à diriger une boulangerie. La trentenaire a réussi son pari en ouvrant la première boulangerie avec le label d’insertion en 2009, et une deuxième en début d’année.

«En créant ma boulangerie, je voulais un lieu où les personnes qui travaillent peuvent se poser, profiter d’un accompagnement professionnel et social, ainsi que de règles de savoir-vivre », explique Domitille Flichy gérante de deux boulangeries. Car, à la base, elle n’était pas du monde de la boulangerie mais juriste pour des collectivités territoriales en région parisienne. Elle ne s’était jamais vraiment dite un jour je créerai mon entreprise. Pourtant le 2 janvier 2008 en rentrant dans une boulangerie, elle s’est dite : « C’est ça qu’il faut que je fasse : ouvrir une boulangerie qui fait de la formation ! Car je préfère parler de formation plutôt que d’insertion ». Trois mois plus tard, elle donnait sa démission. Cependant, le travail qu’elle exerçait l’a aidé. « Je travaillais sur des montages de projets, notamment pour des entreprises d’insertion, je savais donc comment m’y prendre. Et je savais aussi que cela ne se faisait pas en boulangerie », précise Domitille Flichy. Cette expérience lui a permis d’aller relativement vite puisque seulement 18 mois plus tard, elle ouvrait sa première boulangerie, « Farinez vous », dans le 12e arrondissement de Paris, et en mars 2014 une deuxième. Et par la même occasion la première boulangerie d’insertion en France.

13 emplois créés

Mais pourquoi faire de l’insertion, peut-on se demander. « J’avais envie d’aller sur d’autres terrains, et aussi de pouvoir aider des gens qui, arrivés à l’âge adulte, ne possèdent pas de bagages et pour qui il est difficile de se reconvertir », précise Domitille Flichy. Ainsi, sur les 13 emplois qu’elle a créés au sein de ses deux boulangeries, la moitié représente des personnes en insertion et l’autre moitié les encadre. « Les boulangers ont toujours eu l’habitude d’avoir des apprentis, il n’est donc pas trop difficile de trouver des professionnels qui – en plus de leur travail en boulangerie – acceptent de faire de l’encadrement et de la transmission de leur savoir-faire », ajoute la gérante. Les personnes qui sont recrutées dans le cadre de l’insertion peuvent donc rester jusqu’à deux ans dans l’entreprise avant de voler de leurs propres ailes. « Dans un premier temps, nous leur proposons un contrat de 4 mois, le temps qu’il voit si cela correspond à leurs attentes et si c’est la voie qu’ils ont envie de suivre ; mais quand ça ne colle pas, on le sait assez vite en général, souligne la jeune femme. Après, nous leur proposons un second contrat d’un an, ce qui leur amène un peu de calme dans leur vie ; ils savent au moins que pendant cette année, ils pourront prendre le temps de se poser, ce qui leur permet aussi d’aller de l’avant au niveau personnel. » Depuis l’ouverture en 2009, ce sont donc 10 personnes qui ont été formées au sein de sa boulangerie, à la fois derrière les fourneaux, mais aussi à la vente. « La partie vente est souvent négligée dans la boulangerie ; bien former les gens de ce côté est donc un réel plus pour eux, mais aussi pour la boutique », ajoute Domitille Flichy. Parmi ces 10 personnes formées, quatre ont intégré l’équipe de permanents et l’une d’elle est même devenue un encadrant, preuve de la réussite du projet. Et pour ceux qui ont quitté la boulangerie, elle confie également « qu’il n’a pas été trop difficile pour eux de trouver du travail ailleurs ».

 

Les clients viennent pour les produits

Pour autant, lorsque l’on passe devant la boulangerie et même que l’on y rentre pour acheter un produit, impossible de savoir qu’il s’agit d’une entreprise qui fait de l’insertion. Et c’est un choix qu’elle assume et explique très facilement : « Déjà, je ne voulais pas stigmatiser les personnes qui travaillent, qu’on leur colle une image. Cela peut arriver à chacun de nous de traverser de mauvaises périodes et de se retrouver dans ce type de situation. Et puis, quand on montre qu’il s’agit d’insertion, les gens viennent une fois pour faire un geste et ne reviennent plus forcément par la suite. Moi je veux que les gens viennent parce que nos produits sont bons, tout simplement ». Et ça marche !

Domitille Flichy est pleinement satisfaite de la réussite de son projet et avoue que « ce n’est pas toujours facile, mais il y a de belles réussites. Et le fait d’avoir été des deux côtés de la barrière au niveau du montage de dossier m’a beaucoup apporté. Il ne faut pas oublier non plus la reconnaissance des clients, ainsi qu’une satisfaction personnelle d’avoir pu créer 13 emplois ». Pour le moment, elle n’envisage pas d’ouvrir une autre boulangerie, « la deuxième vient à peine d’ouvrir et la création et l’ouverture d’une autre boutique demande de l’énergie et du temps ». Cependant, elle n’est pas du tout contre le fait de voir se développer le concept.

Pour bien monter son projet

« Qu’il s’agisse d’une boulangerie d’insertion ou d’une boulangerie classique, il faut avant tout être hyper-professionnel sur tous les aspects, ne rien négliger et avoir bien réfléchi son projet. Pour ma part, si je n’ai pas fait de formation en boulangerie, avant de me lancer, j’ai fait de la vente en boulangerie pour m’imprégner et bien comprendre où j’allais. Ensuite même si l’objectif de l’insertion est d’aider les gens à retrouver la voie du travail, il ne faut pas être dans l’affecte et l’émotivité, sinon on se laisse facilement débordé. Enfin, il ne faut pas négliger le management, même si l’on est dans de petites entreprises, il est toujours d’une importance primordiale. »

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